Le livre
À Abu Dhabi, ville étouffante et démesurée surgie du désert, un professeur de philosophie français, en tous points proche du parcours géographique de Jérôme Ferrari, s’installe dans le confort d’une vie d’expatrié avec femme et enfant. Dans l’espace clos de leur luxueux appartement, le couple emploie Kaveesha, la bonne sri-lankaise pour s’occuper de leur fille. En exil économique, en rupture avec les siens, si loin de son fils, elle vogue de famille en famille pour subsister, très dévouée à ceux qui l’emploient. Alternant les récits du narrateur et celui de Kaveesha, le roman met en regard expatriation et migration forcée, interrogeant les rapports de domination, le déracinement, la culpabilité morale des privilégiés et l’impossibilité de combler la distance les séparant des invisibles. À travers ces deux trajectoires irréconciliables où chacun cherche dans un ailleurs une forme de salut, toutes les quêtes semblent vouées à l’échec, à la désillusion ou à la folie. L’écriture éblouissante de précision, d’humour et d’ironie acerbe, fait de ce livre intime et politique une méditation profonde sur l’altérité, la solitude et les rapports de pouvoir dans un monde globalisé.
L’auteur
Jérôme Ferrari est né à Paris de parents corses. Agrégé de philosophie et romancier, il a enseigné en Corse, en Algérie puis aux Émirats arabes unis, expériences qui nourrissent largement ses romans. Depuis Variétés de la mort jusqu’à À son image, son travail explore les failles morales, la violence historique, le déracinement et les illusions contemporaines, dans une langue dense, lumineuse et profondément habitée par la pensée philosophique. Lauréat du prix Goncourt en 2012 pour Le Sermon sur la chute de Rome, il est l’une des voix majeures de la littérature française contemporaine. Avec ses Contes de l’indigène et du voyageur, cycle initié par son précédent livre Nord Sentinelle, poursuivi par celui-ci, il explore toutes les façons d’être un étranger.
Avant que le grand vent ne m’emporte, j’avais longtemps pensé que nous n’avions à répondre que de nos actes, non de ceux des autres, et encore moins de l’état du monde que nous n’avons pas choisi et ne pouvons pas changer. Je sais que je me trompais : nous devons répondre aussi de l’état de ce monde, même si nous ne l’avons pas choisi et ne pouvons pas le changer, parce que nous acceptons d’y vivre et lui donnons ainsi, à chaque battement de nos cœurs las, notre assentiment.
À lire : Très brève théorie de l’enfer, de Jérôme Ferrari, Éditions Actes Sud, 2026
La rencontre suit la grande lecture du texte par Laurent Cappeluto le samedi 29 août à 12h30.