Le réalisateur
Mohammad Rasoulof, cinéaste iranien, né à Shiraz, construit depuis plus de vingt ans une œuvre profondément humaine et politique, nourrie par sa formation en sociologie.
Après des débuts dans le théâtre et le documentaire, puis des collaborations avec des figures comme Abbas Kiarostami, il développe un cinéma singulier, à la fois poétique, allégorique et engagé.
De The White Meadows (2002) à Le Diable n’existe pas (2021), en passant par Les Manuscrits ne brûlent pas (2013) ou Un homme intègre (2017), ses films dénoncent la censure, la violence politique et la responsabilité individuelle face à l’oppression. Tous ses films explorent les rapports entre l’individu et le pouvoir, les mécanismes de domination sociale et les effets intimes de la dictature sur les vies ordinaires. Installé à Téhéran, très vite, il choisit de produire, écrire et réaliser ses propres films, tous censurés dans son pays mais circulant largement dans les grands festivals internationaux.
Arrêté à plusieurs reprises, interdit de quitter l’Iran puis emprisonné, Mohammad Rasoulof n’a jamais cessé de filmer, souvent clandestinement. Son parcours fait de son cinéma un véritable acte de résistance : une œuvre où la liberté, la dignité humaine et la possibilité de rester fidèle à sa conscience demeurent au centre. Son exil en 2024, après avoir fui l’Iran, et la présentation à Cannes du film Les Graines du figuier sauvage, tourné au cœur du mouvement « Femme, Vie, Liberté », consacrent la place unique d’un cinéaste pour qui créer reste indissociable du combat pour l’humanité et la liberté. Le film reçoit le Prix spécial du Jury.
Le cycle cinéma du 18 au 30 août au Caméo et au Théâtre
Inviter Mohammad Rasoulof à l’intime festival, c’est accueillir une parole artistique majeure, rare par son courage autant que par sa profondeur humaine. C’est aussi rappeler que le cinéma peut être un acte de liberté, capable de relier l’expérience individuelle aux grands bouleversements du monde contemporain.
“ Je ne vois pas le cinéma – ni aucune autre forme d’art – comme un champ de bataille ou de compétition. J’ai surtout l’impression que tout l’enjeu d’un festival est de mettre en commun notre sens de l’art, de la culture et de la vie tout simplement.”
Au programme !
Mardi 18 août à 18h00 : La graine du figuier sauvage (The Seed of the Sacred Fig) — 168 min — 2024 —Prix Spécial du Jury, festival de Cannes, 2024, Grand Prix au Festival du film de Sydney 2024
Dans un climat de répression politique, le film explore comment la paranoïa d’un système autoritaire infiltre la cellule familiale et transforme l’intime en champ de surveillance et de suspicion. Oeuvre de rupture, d’une ampleur politique et émotionnelle, le film est présenté comme un basculement vers un récit plus frontal, nourri par les soulèvements récents en Iran. Un film de la paranoïa et de la dissociation, où l’intime devient le lieu même de la violence politique, et où Rasoulof pousse encore plus loin la fusion entre fiction et réalité contemporaine.
Jeudi 20 août à 18h00 : Les Prés blancs ( The White Meadows ) — 92 min — 2009 —
Sous la forme d’un récit fragmentaire et allégorique, le film questionne la possibilité même de dire la souffrance dans un monde où l’autorité transforme la douleur en rituel silencieux et inexprimable.
Samedi 22 août à 18h00 : Le diable n’existe pas (There Is No Evil) — 150 min — 2020 — Ours d’or à la Berlinale, 2020
À travers plusieurs récits autour de la peine de mort, le film interroge la responsabilité individuelle dans un système qui délègue la violence d’État et transforme l’obéissance en dilemme éthique. Unanimement salué (Ours d’or à Berlin), la presse parle d’un film choral d’une puissance exceptionnelle. Un geste de cinéma clandestin et courageux, qui interroge frontalement la responsabilité individuelle dans un système de violence d’État, notamment à travers le thème de la peine de mort.
Mardi 25 août à 18h00 : L’Île de fer (Iron Island) — 90 min — 2005 —
À travers une communauté vivant sur un navire abandonné, Rasoulof interroge la manière dont une société peut se replier sur elle-même pour survivre, au prix d’un effacement progressif des règles, des hiérarchies et de la responsabilité collective.
Vendredi 28 août à 18h00 : Les Manuscrits ne brûlent pas (Manuscripts Don’t Burn) — 125 min — 2013 — Prix FIPRESCI au Festival de Cannes 2013
En enquêtant sur des assassinats d’intellectuels, Rasoulof interroge la manière dont un régime produit l’effacement de ses propres crimes tout en rendant impossible toute mémoire critique.
Samedi 29 août à 10h00 : Au revoir ( Goodbye ) — 100 min — 2011 — Prix de la mise en scène, Compétition Un certain regard, au Festival de Cannes 2011
En suivant une femme empêchée de quitter son pays, le film explore la tension entre désir de fuite et enfermement politique, et pose la question du prix intime de la liberté dans un État qui contrôle les corps et les déplacements.
Dimanche 30 août à 10h00 : Un homme intègre (A Man of Integrity) — 117 min — 2017 — Prix Un certain regard au Festival de Cannes 2017
Le film met en crise la notion même d’intégrité morale face à un système de corruption généralisée, ou refuser de céder revient paradoxalement à s’isoler et à se mettre en danger. Un cinéma de la résistance morale, sec et tendu, qui met en scène l’impossibilité de rester intègre dans un système gangrené par la corruption. Les médias insistent sur la rigueur du dispositif et sur la manière dont le film transforme une histoire individuelle en allégorie politique d’un pays où toute résistance isole et fragilise.
Dimanche 30 août à 14h00 : Sense of Water — 39 min — 2026 —
Sense of Water est un court-métrage dramatique, le premier film tourné entièrement en dehors de l’Iran, fruit de l’expérience d’exilé de son réalisateur en Allemagne. En plein hiver et sous les aurores boréales, Ali, un écrivain iranien exilé, se retire dans une cabane en verre avec son ancienne compagne, Nazanin. Au milieu de la nuit polaire, il se confronte à la barrière de la langue, tente de faire le deuil de sa terre natale et de se préparer à retourner en Iran malgré la lourde peine de prison qui l’attend. En avant-première. Le court-métrage a été projeté en avant-première lors du Festival International du Film de Rotterdam (IFFR) début 2026.
La projection est suivie d’un grand entretien avec Mohammad Rasoulof dans la Grande Salle du théâtre.
Attention !
Les billets pour les séances hors week-end du festival (samedi et dimanche) sont à acheter au Caméo. Les séances du week-end sont incluses dans le PASS samedi & dimanche sur présentation du bracelet.