Le cri des torturés par Najah Albukaï

Petite lecture

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Rencontre

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Rencontre autour de l’art concentrationnaire en Syrie

avec l’écrivain Mostapha Khalifa et la lecture de son livre La coquille, l’artiste Najah Albukaï et la projection de ses dessins, et leur éditeur Farouk Mardam-Bey.

29 Aug 2021


13:00 — 14:30


Théâtre de Namur — Grande Salle
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Une petite lecture de 30 minutes de La Coquille de Mostapha Khalifa par Pietro Pizzuti suivi de la discussion et de la projection des dessins de Najah Albukaï.

Né en Syrie, Mostafa Khalifa passe son enfance à Alep où il commence à participer à des activités politiques dès l’adolescence. Arrêté à l’aéroport de Damas à son retour de Paris, il est détenu de 1982 à 1994. Son livre autobiographique La Coquille est une œuvre remarquable, inoubliable et indispensable à la compréhension du système autoritaire mis en place par Hafez Al Assad, entretenu, comme on le voit dans la répression qu’il met en oeuvre aujourd’hui, par son héritier Bachar Al Assad. Ce récit, présenté sous la forme d’un journal, restitue de façon légèrement romancée son expérience carcérale. Les scènes se succèdent, d’autant plus insoutenables qu’elles sont décrites sobrement sans pathos. Elles donnent à voir la barbarie des geôliers, le processus de déshumanisation des détenus et, au-delà, de toute la société.

Né à Homs en Syrie, Najah Albukai étudie successivement aux Beaux-Arts de Damas puis aux Beaux-Arts de Rouen. Il retourne vivre en Syrie où il enseigne le dessin et se consacre à ses créations. Enfermé et torturé à plusieurs reprises entre 2012 et 2015 à Damas, il assiste aux pires des horreurs. Il arrive à s’échapper et à rejoindre le Liban. Il arrive en France en 2017. Il s’emploie aujourd’hui à témoigner de l’enfer carcéral à travers ses dessins et ses gravures exposés à Paris. Des dessins qui saisissent, difficiles et importants à regarder, des œuvres poignantes à travers lesquelles il continue de dénoncer le régime syrien et l’indifférence du monde face au massacre de son peuple.

–> Un livre « Tous témoins », paru en mars réunit d’une part les dessins de prison de l’artiste, et, de l’autre, en résonance avec l’émotion suscitée par ces dessins, les textes d’une vingtaine d’écrivains (Alaa el Aswany, Laurent Gaudé, Nancy Huston, Daniel Pennac…) exprimant leur solidarité face à ce que Farouk Mardam Bey appelle la “syrianisation du monde”, symbole des drames qui se multiplient aux quatre coins de la planète.

Né à Damas, Farouk Mardam-Bey vit à Paris depuis 1965. Il dirige les collections Mondes arabes aux éditions Actes Sud après avoir dirigé la bibliothèque de l’Institut du monde arabe (IMA), où il est également conseiller culturel. Il est l’auteur de plusieurs essais sur le Maghreb et le Proche-Orient. Humaniste, grand connaisseur de la culture et de la littérature arabes, traducteur et éditeur de Mahmoud Darwich, il a aussi, avec Leila Chahid et Élias Sanbar, participé à la fondation de la Revue d’Études palestiniennes. Il a contribué comme éditeur à faire découvrir de nombreux auteurs arabes contemporains.

LE COMEDIEN

Pietro Pizzuti est auteur, traducteur, comédien et metteur en scène. Né à Rome, diplômé en sociologie à l’Université Catholique de Louvain et en art dramatique au Conservatoire de Bruxelles, Pietro Pizzuti interprète plus de soixante rôles au théâtre et au cinéma, et met en scène une trentaine de spectacles ; il a été également chargé de cours aux Conservatoires de Bruxelles et de Mons, ainsi que fondateur de Les Brigittines-Centre d’Art contemporain et du Mouvement de la ville de Bruxelles.

EXTRAIT

Je fais un de ces petits rêves (tous mes rêves sont petits à présent) : je rêve que je suis dans une cellule individuelle, ne fût ce qu’un jour. Silence parfait. Aucun vacarme. Aucun regard de haine ni de mépris. Et je dors d’un sommeil profond. Je rêve que je me lave, rien qu’une fois, au hammam du marché, dans la vapeur et l’eau chaude qui déferle, avec le masseur et le frotteur de peaux mortes. Je rêve que je me tiens sur le trottoir devant un marchand de falafels ; je mange un sandwich en buvant du lait caillé. Je rêve que je marche dans une rue calme et ombragée, que je traîne, désœuvré, sans but et sans contrainte de temps.  Je rêve de ma mère quand elle me réveille le matin : je ne veux pas me lever, j’enfouis ma tête sous la couverture. Je rêve que quelqu’un, n’importe qui, me dit “bonjour”.

A LIRE

Tous témoins, Najah Albukaï, Actes Sud 2021
La coquille, Mostapha Khalifa, Actes Sud 2007

Entretien animé par Béatrice Delvaux, éditorialiste au journal Le Soir.
Cette rencontre est programmée avec la Chaire Mahmoud Darwich.