Grande lecture

|

Avant que j’oublie

de Anne Pauly, lu par (en cours de distribution)

28 Aug 2020


20:00 — 21:00


Cathédrale Saint-Aubain
Réserver

LE LIVRE

Il y a d’un côté le colosse unijambiste et alcoolique, et tout ce qui va avec : violence conjugale, comportement irrationnel, tragi-comédie du quotidien, un « gros déglingo », dit sa fille, un vrai punk avant l’heure. Il y a de l’autre le lecteur autodidacte de spiritualité orientale, à la sensibilité artistique empêchée, déposant chaque soir un tendre baiser sur le portrait pixelisé de feue son épouse ; mon père, dit sa fille, qu’elle seule semble voir sous les apparences du premier. La narratrice de ce premier roman émouvant et intense s’appelle Anne, comme son auteure. Elle revient sur les mois qui ont précédé la mort de son père et le deuil qui s’ensuit. Porté par une écriture agile et tourbillonnante, ce premier roman réhabilite la mémoire du père avec un humour rare, lui fabrique “un tombeau pour rendre hommage à la personnalité si singulière et non-conforme de cet homme « ordinaire », à ses lâchetés, à ses manquements et à ses réussites, à ses rêves de jeune homme”.

L’AUTEURE

Anne Pauly a toujours su qu’elle allait écrire. Correctrice dans un cabinet d’avocats, rédactrice d’horoscopes puis secrétaire de rédaction dans un magazine féminin, elle a attendu longtemps avant d’oser se lancer. Son premier roman Avant que j’oublie remporte le prestigieux Prix du Livre Inter, le Prix Summer et celui de la Fondation La Poste.

EXTRAITS

« Les infirmières avaient fermé ses yeux, coincé son visage dans une mentonnière et habillé son corps d’une petite blouse vert pâle faon sweat-shirt. C’était triste et drôle, ça l’aurait fait rire, cette petite blouse verte qui lui cachait à peine le genou. J’ai regardé son pied violacé, la vache ! le pauvre, sa barbichette miteuse et son beau visage déserté. En gardant sa grande main qui tiédissait dans la mienne, j’ai souhaité de tout mon cœur ne jamais oublier son odeur et la douceur de sa peau sèche. Je lui ai demandé pardon de ne pas avoir vu qu’il mourait, je l’ai embrassé et puis j’ai dit à haute voix, ciao, je t’aime, à plus, fais-nous signe quand tu seras arrivé. Je suis sortie dans le couloir lino-néon, une aide-soignante est passée en savatant et mon frère est arrivé. On y est retournés une dernière fois, pour vérifier. Et puis on a plié les gaules comme il disait toujours. La vie, cette partie de pêche. Dans le miroir de l’ascenseur, nos gueules d’adultes, défaites. Coucou l’impact de la mort, bisous. »

À LIRE

Anne Pauly, Avant que j’oublie, Éditions Verdier, 2019