©Sophie Bassouls

Entretien

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Littérature

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Autour de l’œuvre de Varlam Chalamov

21 Aug 2022


15:45 — 16:45


Amphithéâtre
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Luba Jurgenson autour des Souvenirs de la Kolyma de Varlam Chalamov.

Spécialiste de Varlam Chalamov, survivant du Goulag, Luba Jurgenson arpente cette oeuvre majeure de la littérature mondiale. L’auteur russe (1907-1982) n’a connu que quelques années de liberté contre plusieurs décennies au cœur de l’enfer blanc (de 1929 à 1932 et de 1937 à 1953) : la Kolyma, cette région de l’extrême est de la Russie alors U.R.S.S. Son oeuvre majeure, Les récits de la Kolyma raconte son internement dans ce goulag. Moins connu en France qu’Alexandre Soljenitsyne, Chalamov est pourtant celui dont les récits donnent le mieux à comprendre la réalité des camps de travail soviétiques. Ses écrits sont faits de fragments où il est question de longues journées de travail dans la forêt, de mines d’or, de faim, de froid, de mouchards et de truands. Dans les récits qu’il fait de la vie au camp, il s’exprime sans détour, ne cache rien de la dureté du quotidien, de l’animalité à laquelle chaque détenu se trouve vite réduit. Il ne vit pas, il survit, porté par un inexplicable instinct. Les corvées, les poux, les punitions, la dysenterie… C’est une prose rude, sans fard qui s’interroge avant tout sur ce que peut la langue et ce qu’est la mémoire.

L’AUTEURE

Maîtresse d’œuvre de la première édition intégrale en français des Récits de la Kolyma, la romancière, traductrice et universitaire Luba Jurgenson a supervisé l’édition de ces souvenirs. Elle publie dans le même temps le livre de sa lecture du grand écrivain, Le semeur d’yeux.

EXTRAIT

« Chalamov n’est pas de ceux qui se suicident : « Se suicider n’aurait servi à rien . (…) » (s, 44) 

Il n’a jamais réussi à s’auto-mutiler. « Mais où se trouvait donc la tente, la nouvelle baraque où j’ai demandé à Goussev, mon compagnon de travail, de me casser le bras avec une barre de fer ? Et quand il a refusé, j’ai tapé dessus à plusieurs reprises, je me suis fait une BoSSe – et c’est tout. Tous les autres mourraient, et moi je trimais toujours ». (ibid) »

À LIRE

Souvenir de la Kolyma, Traduit du russe, par Anne-Marie Tatsis-Botton. Appareil critique par Luba Jurgenson Éditions Verdier, 2022

Le semeur d’yeux, Luba Jurgenson, Sentiers de Varlam Chalamov. Éditions Verdier, 2022