sam 24 août 2019 de 16h15 à 17h45

Grande salle

Rencontre avec Rudy Ricciotti

Invités : Myriam Boisaubert , Rudy Ricciotti

Un entretien en deux parties : la première consacrée à l'architecte, la seconde à la lecture de poèmes de Myriam Boisaubert suivi d'une performance-entretien entre les deux artistes.  

Fidèle à sa réputation de pamphlétaire et après
le succès de son essai L’architecture est un
sport de combat
, le célèbre architecte livre dans
cet entretien au vitriol une dénonciation de la
tyrannie du bon goût officiel au profit d’une
beauté non conforme. De la célébration de l’art
contemporain à l’esthétique de supermarché
en passant par le culte obligatoire de la nature,
cette doxa est pour lui un étouffoir de la pensée
critique et un masque pour toutes les beautés
singulières qu’il entend défendre. Car Rudy
Ricciotti veut croire à la beauté comme une
présence capable d’intensifier nos désirs. Devant
l’échec du projet d’émancipation de la culture au
profit des loisirs et de la consommation, Rudy
Ricciotti revendique une beauté «non conforme».

Rudy Ricciotti, né en 1952 à Alger, a reçu le
Grand prix National d’Architecture en 2006 et
le titre de « Maestri dell’Architectura » en 2018.
On lui doit notamment le MuCEM à Marseille, le
Pavillon Noir à Aix-en-Provence, la passerelle de
la Paix à Séoul ou le musée Cocteau à Menton.
Il a été choisi par Chanel pour l’architecture de
sa Manufacture de la mode, future vitrine des
métiers d’art français qui verra le jour en 2020.

Myriam Boisaubert vit son enfance dans une petite maison en bordure de l’une des plus grandes forêts de France à Haguenau. À l’âge de 5 ans, elle s’invite seule dans la forêt sombre pour y cueillir des fleurs. Elle entame un dialogue avec les anémones, les violettes, les feuilles et les épines qui lui enseignent que l’ornement n’est pas un crime, se construit aux odeurs d’humus et d’ail des ours, parle couramment le dialecte des champignons et déracine à 6 ans un jeune chêne qu’elle replante ailleurs, celui-ci atteignant aujourd’hui 15 m de haut. À son adolescence, elle retourne dans cette forêt-noire où elle rencontre les ombres des chevaliers Teutons et s’initie au combat par la séduction. Devenue sorcière et rebelle, elle fréquente en vain les comiques arts décoratifs de Strasbourg, dont elle est exclue cinq ans plus tard au motif d’apostat. Enfin debout devant le miroir, elle étudie les mouvements de son corps pour mieux envisager la cuisson. Puis teste avec sa langue sa bouche et son sexe des herbes non comestibles et goutte aux boues, aux limaces, aux serpents, farcit le corbeau et rôtit la chauve-souris sur fond musical rock extrême.


À LIRE

> L’exil de la beauté, Rudy Ricciotti, Éditions Textuel, 2019

> Sel, Myriam Boisaubert, Le Gac Press, 2014 

Entretien animé par Frédéric Taddei, journaliste.